Chateau-Chalon Hier et Aujourd'hui

 

 


 
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Souvenirs d'enfance par André LACROIX


En ce jour de juin 2007, je vais écrire une page sur la vie du village en souvenir de ma grand-mère, maternelle née en 1859 Marie Midol décédée alors que j'avais treize ans et j'ai en mémoire quelques récits et anecdotes certes très fragmentaires mais réels. A cette époque le village comptait près de huit cent habitants, pour la plupart des paysans vignerons, le vignoble très étendu à l'époque ne fut pas replanté en totalité après le phylloxéra de la fin du dix neuvième siècle.

Mis à part quelques propriétaires, beaucoup de cultivateurs ne possédaient que quelques arpents de terre et un grand nombre n'étaient que des ouvriers employés que pour les grands travaux, aussi l'embauche journalière était faite à la criée et au rabais. Les demandeurs étaient nombreux, donc la solde était très réduite. Pour gagner sa journée et être nourris certains étaient sacrifiés à bas prix, d'autres rentraient chez eux en pleurs, ce fut un épisode de la vie du bourg que ma grand-mère a gardé avec une grande émotion. Le départ pour la vigne et les champs se passait aussitot la nuit dissipée et l'on commençait à travailler, à peine le jour levé.

A cette époque la misère était tellement grande, que les parents envoyaient les enfants mendier. J'ai connu le frère et la soeur me racontant leur retour parfois de vingt kilomètres et ne rapportant rien furent battus. Pour le reste de la population, c'était la coopérative fromagère qui laissait quelques maigres deniers, surtout après une dissidence qui divisa les producteurs en deux groupes, la fromagerie de la place, et une autre en haut du village, cette dernière succombera et les déserteurs de rentrer à nouveau, mais en payant une forte amende. Bien que le pays fut divisé sur la politique communale, il régna une grande entraide, chacun se prêtant des outils fort peu nombreux, la réciprocité fut très importante.

Les artisans furent assez nombreux: charron, menuisier, sabotiers, cordiers.

Les commerces: restaurateur, épicier, boucher et même un boulanger sur la place de l'église.

La plus grande entreprise si l'on peu dire, fut l'exploitation des carrières au lieu-dit " la Vie de Blois ", par la famille Rampin, qui à l'époque employait une dizaine de personnes à temps plein et occasionnellement, et faisait vivre un cinquième de la population.

Autre carrière " en Beauregard " le tailleur Emile Cordier, célibataire, embauchait les jeunes pour l'aider à charger la lave ou lauze sur sa charrette pour le pays pour réparer les toitures. Il tirait aussi les pavés d'écurie, mais pas de pierre de taille comme à " la Vie de Blois " les lits des rochers étaient beaucoup trop minces. Il était très fier de ses laves, et disait aux jeunes: " je vais vous faire entendre ma cloche ", suspendant une de ses unités, il la frappait avec la boucharde en disant: " vous entendez, elle sonne aussi beau que celles de l'église ", il était très aimé.

Par ailleurs il y avait les fabricants de cordes et liens pour le bétail, installés à l'abbaye avec le chanvre récolté au village. Les veillées pour (tiller), c'est à dire écorcer le chanvre, étaient empreintes d'une grande convivialité, les filles tricotaient, brodaient, c'était très à la mode, hormis tout cela les hommes préparaient les (avents) osiers, en (massettes) petites bottes d'osier pour le liage des vignes. Il y avait les (racontotes) histoires locales très amusantes, et préparer quelques farces, comme boucher la cheminée au grand désespoir d'une famille ne découvrant la cause que très tard dans la journée, sans oublier la chasse à l'orang-outan qui a défrayé la chronique très longtemps (j'ai déjà raconté la partie).

La vie des ruraux fut très pénible, par période de sécheresse la fontaine " des noeuds " ne suffisait pas, même avec les citernes très nombreuses, il fallait monter l'eau au tonneau depuis " le Latet " Une corvée épuisante, des routes verglacées, les gens rentraient avec les vêtements en glace, j'ai connu cela l'hiver 1929, et pour tant de labeur, ils ont droit à notre reconnaissance.

La misère aussi dans les chambres à coucher sans feux, avec des sacs comme couvertures, des balles d'avoine ou des feuilles de maïs. J'ai vu tout cela de mes yeux, ces pauvres gens vendaient leur affouage et coupaient du bois dans les communaux, ayant l'autorisation municipale, et le ramenait à dos ou quelques fois en charrette, peu d'avance, ils le brulaient en vert.

Je crois que beaucoup de jeunes auraient du mal à croire à une telle misère, ce n'est pas possible de voir pire.

L'adduction d'eau en 1937 a mis fin à ces corvées pour les ménages et les bêtes.

J'ai oublié de dire qu'en 1914, à la veille de la première guerre mondiale, une seule faucheuse fonctionnait au village, puis ce fut la guerre mobilisant soixante dix de ses enfants dont hélas certains ne reverront pas leur bourg. La surcharge de travail pour les enfants encore jeunes et les grands -parents fut si importante qu'une partie du vignoble dont " Mespierre " fut abandonnée.

Je vais mettre un terme à mon récit, si d'autres souvenirs me reviennent à l'esprit, je me ferai un plaisir de vous les communiquer.

La foire

La foire de Château Chalon fut la principale animation, foire aux bestiaux, spécialement moutons. Celle-ci avait lieu pour la saint Martin (11 novembre) et ou
l'on dégustait les premières châtaignes, le vin bourru était à l'honneur. Comme attraction il y avait le tir à la corde, puis pour les plus forts, déplacer le train arrière d'une voiture à benne en faisant toucher la ligne centrale contre les roues avant des deux cotés, sans toucher terre.

Puis le montreur d'ours, celui-ci se présentait muselé et ganté, il fallait mettre l'animal à terre dans les trois minutes sinon il fallait payer. Les vainqueurs étaient peu nombreux, par ailleurs il y avait un charmeur de serpent qui était l'épouvante des enfants. A la veille de l'hiver, les marchands de balais d'écurie en bois blanc et en bouleau, sans oublier l'écrivain public rédigeant les écrits pour les personnes sans aucune instruction assez nombreuses à l'époque, les enfants obligés de travailler pour leur subsistance.

C'était une journée de bonne ambiance conviviale et festive qui se déroulait dans la parcelle jouxtant la tour Charles le Chauve. Ce fut un souvenir jamais oublié de nos grands-parents.


La contrebande

A la fin du 19ème siècle le pays fut endeuillé par la mort du fils Jeannin tué par un gendarme au terme d'une arrestation mouvementée pour un trafic irrégulier de tabac. La livraison se faisait de nuit à la frontière Suisse, au moyen d'une voiturette à deux roues cerclées de caoutchouc et d'un cheval taillé pour le trot rapide. Le conducteur s'étant endormi, à son réveil deux gendarmes tenaient en main l'attelage, arrivé au village il alertait ses frères, ceux -ci avec l'aide des voisins empêchèrent la réquisition du tabac, tous les habitants du quartier avaient prêté main forte. Furieux l'un des gendarmes dégaina et tira à bout portant sur l'un des trois frères qui fut tués sur le coup. Ils s'enfuirent laissant le corps sur place, les deux autres frères prirent leurs fusils et descendirent à la brigade de Domblans pour les exécuter, mais ceux -ci se cachèrent.

L'épilogue de tout cela se termina en souplesse, malgré la plainte de la famille, l'affaire fut classée sans suite.

Les deux gendarmes en question furent de suite mutés, le lendemain ils avaient disparus, personne ne fut au courant de cette mutation. Ceci s'est passé à hauteur des premières maisons, àune cinquantaine de mètres de l'entrée du bas du village.